La goélette de la Fondation Tara Océan repart en mission !

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Depuis 2003, la goélette de la Fondation Tara Océan parcourt les mers pour mieux comprendre l’impact du changement climatique sur l’océan. Ce samedi 12 décembre, elle a largué les amarres pour une mission scientifique de deux ans consacrée à l’étude du microbiome, ces micro-organismes marins indispensables au bon fonctionnement de notre planète. Au programme, étudier le microbiome et tenter de comprendre l’impact du réchauffement climatique et de la pollution plastique sur celui-ci. Une mission cruciale pour appréhender les changements à venir, dont le directeur général de Tara Océan, Romain Troublé, a accepté de nous parler juste avant de sauter à bord !

Bonjour Romain, avant toute chose, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la Fondation Tara Océan et sur la goélette ?

La Fondation Tara Océan est la première fondation reconnue d’utilité publique consacrée à l’océan. C’est un projet qui existe depuis dix-sept ans, il a été fondé par Agnès B. et son fils, dans le but de remettre l’océan au cœur du débat. Tout est parti de l’achat d’un bateau mythique, l’Antartica, conçu par l’explorateur Jean-Louis Etienne, et sur lequel a navigué entre autres le célèbre navigateur néo-zélandais Sir Peter Blake. En acquérant ce bateau, l’idée était de le remettre à flots et de relancer les explorations maritimes pour lesquelles il avait été pensé. C’est vraiment avec ce bateau que tout a commencé. La Fondation a ainsi deux objectifs :

  • explorer les océans, en emmenant à son bord des scientifiques de la recherche publique afin de mieux comprendre comment fonctionne cet écosystème
  • partager les découvertes pour éduquer et tenter de faire évoluer les comportements.
Romain Troublé tara ocean expedition
©Marin Le Roux

Comment est née l’idée de cette nouvelle mission ?

Il y a 4 ans, nous avons fait une mission autour du monde pour étudier le plancton, qui a fait la renommée de Tara. À l’époque, nous nous étions intéressés aux espèces présentes dans le plancton : virus, bactéries, micro-algues, petites crevettes… Nous nous sommes efforcés de comprendre qui était avec qui, et quelles étaient les interactions entre ces différents organismes. Nous avons aussi commencé à appréhender leurs fonctions, et à entrapercevoir l’impact de paramètres comme la température de l’eau sur ces écosystèmes. Maintenant que nous avons vu qui était là, nous allons désormais essayer de comprendre qui fait quoi.

Concrètement, à quoi sert le microbiome ?

Il est essentiel ! Pour vous donner une idée, dans 1 litre d’eau de mer, il y a 10 milliards de virus et des millions de bactéries. Le microbiome représente plus des deux tiers de la biomasse de l’océan, soit quatre fois plus que la biomasse cumulée de tous les insectes sur Terre ! Ensemble, tous ces micro-organismes sont en partie responsables de l’oxygène produit dans l’océan. Ils sont invisibles et ont l’air insignifiants, mais finalement ils sont indispensables aux grands équilibres de la planète. On peut faire le rapprochement avec le microbiote intestinal : de la même façon que les microbes de nos intestins digèrent pour nous les aliments, et sont vitaux pour le bon fonctionnement du corps humain, les microbes océaniques sont vitaux pour les grands équilibres de la planète.

Quels seront les principaux enjeux de cette nouvelle mission ?

Aujourd’hui les enjeux sont globaux, donc pour comprendre comment le changement climatique et la pollution ont un impact sur l’océan, il faut mesurer les écosystèmes à différents endroits avec des protocoles strictement identiques, et comparer les données pour voir comment ces écosystèmes s’adaptent, réagissent, évoluent. Le bateau part s’intéresser aux interactions qui existent entre ces micro-organismes, l’environnement et la pollution. Nous voulons comprendre comment ils produisent de l’oxygène, à quoi ils sont sensibles… Et surtout, comment ils évolueront demain. Comment tous ces services rendus par les océans, notamment la captation du dioxyde de carbone et la production d’oxygène, vont évoluer face à l’augmentation des températures, de la pollution…

expedition tara ocean decembre 2020
©Eloi Stichelbaut

Avez-vous constaté une augmentation de la pollution plastique au cours de vos missions ? 

Quand on a pêché le plancton lors de notre expédition en 2009 avec des filets de 0,3mm, nous nous sommes rendus compte que dans chaque filet, il y avait du plastique. On s’est alors dit que l’on allait mettre en place un protocole pour le collecter et le mesurer. Depuis, nous le faisons systématiquement, partout où le bateau va. Ce qui est effarant, c’est que la pollution plastique est partout. À des taux différents, certes, mais partout : en Arctique, en Antarctique…

On entend de plus en plus parler de l’ampleur de la pollution plastique, mais que sait-on de ses effets exactement sur l’océan ?

C’est une chose de mesurer le plastique, c’est autre chose de comprendre de quelle façon il altère les écosystèmes. Ce que va faire Microbiome, c’est étudier comment cette quantité de plastique a un impact sur les micro-organismes marins. C’est la première mission où l’on fait à la fois un grand programme de recherche sur les écosystèmes et sur le plastique. Les déchets plastiques seront tout aussi étudiés que les micro-organismes eux-mêmes. On va profiter de cette mission pour sampler certains fleuves pour lesquels cette problématique reste peu étudiée, comme l’Amazone et le Congo. Des prélèvements seront également effectués en pleine mer tout au long du parcours.

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©SamuelBollendorff

Quels enseignements espérez-vous tirer de cette mission ?

En nous aidant à comprendre comment le microbiome réagit au réchauffement climatique et aux pollutions, cette nouvelle mission devrait par exemple nous permettre d’améliorer les modèles de prévision climatique. L’idée est aussi de sensibiliser les scolaires et le grand public aux enjeux autour de l’océan. On voit arriver une génération qui est très impliquée dans les causes environnementales, ils ont envie de comprendre.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’enjeu est tellement énorme, que si on ne se met pas tous ensemble autour d’une table pour discuter, on ne va pas y arriver. Il faut instaurer un dialogue entre le monde économique, industriel, les ONG… Finalement, ce sont tous des gens qui ont des convictions, et être en opposition n’a jamais été moteur de progrès.

Tara ocean castalie mission plastique oceans
©Eloi Stichelbaut
Texte : Coline de Silans
Crédit photo de couverture : © Marin le Roux